Lettre ouverte d'André Baudry pour remercier Roger Peyrefitte
de la défense de la mémoire de Jean Cocteau après son attaque
par François Mauriac dans une lettre parue dans le Figaro en 1964.

Publication intégrale

Version texte :

Lettre d’Arcadie, revue littéraire et scientifique,
à Roger Peyrefitte dans son numéro du mois de mai 1964.



Mon très cher Roger Peyrefitte,

Les Amitiés Particulières, bréviaire de combien d’arcadiens, ont été attaquées par l’un de ceux qui, depuis vingt siècles, au nom de la morale, martyrisent les Georges et les Alexandre, et ceux qui, devenus des hommes, continuent à subir les mêmes attraits et les mêmes enchantements.
Seul, avec Jean Cocteau, dont vous venez de défendre la mémoire dans cette incomparable lettre ouverte, vous avez eu le courage de patronner Arcadie.
Comment, une fois de plus, au nom de tous les homophiles, ne vous remercierais-je pas de ce nouveau courage que vous manifestez en publiant sous votre nom, et avec quel brio, avec quel sublime, votre « Lettre ouverte à M. François Mauriac, prix Nobel, membre de l’Académie française » ?
Certains, vous le savez, ont craint pour votre chef-d’œuvre lorsqu’ils ont appris qu’il serait porté à l’écran. À plusieurs reprises, depuis quelques semaines, vous me dites votre émerveillement devant cette prodigieuse réalisation.
En me téléphonant avant la parution de cette « lettre ouverte » et à ce sujet vous me disiez, avec quelle passion : « Vous comprenez, Les Amitiés particulières, c’est moi ! »
Que ceux qui ont eu peur, se rassurent… et décidément tout est bien organisé, prévu, puisque, grâce à cette émission télévisée, vous avez pu crier au monde le dégoût, le mépris que nous inspirent ces misérables tartuffes.
Oh oui, cher Roger Peyrefitte, de quel cœur des millions d’homophiles, ceux d’hier qui ont dû frémir de joie dans leur tombeau, ceux d’aujourd’hui aux prises avec ces démons, ceux de demain pour qui cet impérissable texte sera le réconfort de tous les jours, oh oui, de quel cœur, tous, nous vous disons MERCI ! MERCI ! MERCI !

André Baudry


F. Mauriac, Le Figaro Littéraire des 23 et 29 avril 1964
R. Peyrefitte, Arts des 6 et 12 mai 1964